Explorer la Plage de Saleccia au départ de Saint Florent, randonnée, comment s'y rendre ?
Il existe en
Corse des lieux qui font l'effet d'une gifle douce, on les aperçoit pour la
première fois et quelque chose en soi se reconfigure immédiatement. La plage de
Saleccia est de ceux-là. Ce kilomètre et demi de sable blanc immaculé, bordé de
pins maritimes tordus par le vent et baigné d'une eau dont le bleu-vert défie
toute tentative de description précise, est régulièrement cité parmi les plus
belles plages de toute la Méditerranée. Ce qualificatif, galvaudé ailleurs,
n'est ici nullement exagéré. Mais Saleccia est aussi une plage qui se mérite.
Nichée dans le désert des Agriates, ce territoire sauvage de maquis et de
collines de granit qui s'étend à l'ouest de Saint Florent, elle ne se livre pas
sans effort. Randonnée pédestre, piste en 4x4 ou traversée en bateau
semi-rigide, trois voies pour un seul paradis. Laquelle choisir ? Tout dépend
de ce que l'on cherche vraiment.
Saleccia et le désert des Agriates, comprendre un territoire à part
Avant de
choisir son mode d'accès, il faut comprendre ce qu'est le désert des Agriates
pour saisir pourquoi la plage de Saleccia y occupe une place aussi singulière.
Ce territoire de près de dix-sept mille hectares classé site naturel protégé
est l'un des espaces sauvages les plus vastes de Corse. Son nom de désert est
trompeur, les Agriates ne sont pas arides mais d'une densité végétale opaque,
couverts d'un maquis épais, aromatique et impénétrable, où le myrte côtoie le ciste,
la bruyère arborescente et le pistachier lentisque. Aucune route goudronnée ne
traverse ce territoire. Les seules liaisons terrestres sont des pistes
caillouteuses et des sentiers de randonnée qui ondulent sur des kilomètres
entre les reliefs, offrant des vues sur une mer omniprésente mais rarement
accessible directement.
Saint Florent, petite ville côtière dont le charme génois et le port animé en font l'une des destinations les plus prisées de la Haute-Corse, est le lieu de départ naturel pour rejoindre la plage de Saleccia. Depuis le port, les options se dessinent clairement, on peut choisir la voie maritime et atteindre la plage en une vingtaine de minutes par la mer, opter pour la piste carrossable en 4x4 sur environ quinze kilomètres de chemin chaotique, ou s'engager sur le sentier de randonnée du littoral des Agriates, l'un des plus beaux itinéraires pédestres de Corse, qui relie Saint Florent à Saleccia en suivant la ligne côtière sur une douzaine de kilomètres aller.
La plage
elle-même justifie amplement l'effort consenti pour y accéder. Le sable y est
d'une blancheur et d'une finesse rares pour la Méditerranée, rappelant
davantage les plages des Caraïbes ou des côtes atlantiques de la péninsule
ibérique. L'eau, peu profonde sur plusieurs dizaines de mètres, passe du
transparent au vert d'eau puis au bleu profond avec une fluidité chromatique
qui rend les photographies presque irréelles. Le cadre de pins maritimes et de
végétation dense qui borde la plage ajoute une dimension de bout du monde qui
renforce l'impression d'avoir trouvé quelque chose d'inviolé.
La randonnée pédestre, l'expérience la plus
authentique du désert des Agriates
Pour ceux qui considèrent que la destination a moins de valeur que le chemin qui y conduit, la randonnée pédestre depuis Saint Florent vers la plage de Saleccia est une révélation. Le sentier du littoral des Agriates, balisé en orange sur les rochers et les arbustes, s'élance depuis la plage de la Roya à la sortie de Saint Florent et longe la côte avec une générosité de paysages qui fait oublier l'effort physique réel qu'il exige.
Le tracé
alterne les passages en bord de mer, où les vagues léchent les galets à
quelques mètres des pieds, et les traversées de collines de maquis depuis
lesquelles s'ouvrent des panoramas à couper le souffle sur le golfe de Saint
Florent et les reliefs du Cap Corse en arrière-plan. Le sentier passe par la
plage de Loto, première étape de toute beauté avec son sable blond et son eau
transparente, avant de poursuivre vers Saleccia à travers des passages plus
sauvages, moins fréquentés, où le sentiment de solitude absolue s'installe avec
une douceur presque mélancolique.
La durée de cette randonnée est d'environ trois heures et demie à quatre heures dans le sens Saint Florent vers Saleccia, pour un aller simple. Le dénivelé est modéré mais le terrain parfois chaotique, avec des passages sur des roches lisses ou des racines d'arbres qui demandent de l'attention. Des chaussures de marche sérieuses sont indispensables, les tongs ou les sandales de plage se révèlent rapidement inadaptées sur ce type de terrain. Une gourde d'au moins un litre et demi par personne est impérative, les points d'eau étant inexistants sur le parcours et le soleil des Agriates pouvant être d'une intensité redoutable dès le mois de juin.
La solution
logistique la plus élégante pour éviter le retour à pied consiste à combiner
les deux modes de transport, on part à pied depuis Saint Florent le matin, on
passe la journée à Saleccia, et on rentre en fin d'après-midi par bateau. Ce
schéma aller pédestre, retour maritime permet de vivre l'expérience des
Agriates dans toute sa plénitude sans subir deux fois six heures de marche sous
le soleil de l'été.
Le 4x4, la piste des Agriates, aventure terrestre entre maquis et poussière
La piste qui
relie la route nationale à la plage de Saleccia en traversant les Agriates est
entrée dans la légende des chemins corses difficiles. Environ quinze kilomètres
de cailloux, de trous, de passages à gué et de lacets poussiéreux qui testent
sérieusement la robustesse des véhicules et la patience des conducteurs. Un 4x4
est absolument indispensable, un véhicule de tourisme ordinaire n'a aucune
chance de mener à bien cette traversée sans y laisser une partie de sa
géométrie.
La piste démarre depuis Casta, sur la route qui longe les Agriates, et s'enfonce progressivement dans un territoire qui semble avoir renoncé à tout rapport avec le monde contemporain. Le maquis se referme de part et d'autre du chemin, formant par endroits des tunnels végétaux que la lumière traverse en traits obliques. Les lézards détallent sur les rochers à l'approche du véhicule, des faucons planent haut dans un ciel que les arbres ne disputent plus. La solitude est complète. Le silence aussi, dès que le moteur est coupé lors des pauses inévitables.
Ce mode
d'accès présente plusieurs avantages pratiques non négligeables. Il permet de
transporter du matériel en quantité, notamment pour les familles ou les groupes
qui souhaitent pique-niquer confortablement sur la plage avec parasols, glacières
et équipements de snorkeling. Il offre aussi une liberté horaire totale,
indépendante des grilles d'horaires des navettes maritimes. Arriver à Saleccia
à sept heures du matin, avant que les premiers bateaux n'aient déversé leurs
passagers, et bénéficier d'une heure ou deux de plage quasi déserte est un
privilège que seule la piste rend possible.
Le revers de
cette médaille existe. La piste est impraticable par temps de pluie important.
Elle est parfois encombrée en pleine saison par une file de 4x4 qui transforme
l'aventure solitaire en convoi. Et elle impose un retour par le même chemin, ce
qui représente deux traversées d'une trentaine de minutes de piste chaotique
pour une même journée, une expérience que les enfants en bas âge et les
personnes sujettes au mal des transports ne vivent pas toujours avec le même
enthousiasme.
Le bateau semi-rigide, la voie royale pour atteindre la plage de Saleccia
Depuis le port de Saint Florent, plusieurs opérateurs proposent des navettes régulières en bateau semi-rigide vers la plage de Saleccia. La traversée dure une vingtaine de minutes en longeant la côte des Agriates vers l'ouest, avec des arrêts possibles à la plage de Loto selon les horaires et les formules choisies. Ce mode d'accès est de loin le plus populaire, le plus rapide et, pour la majorité des visiteurs, le plus satisfaisant en termes de rapport effort-plaisir.
L'embarquement
se fait au port de Saint Florent dans une atmosphère détendue et estivale. Les
navettes partent généralement tôt le matin et permettent un retour en milieu
d'après-midi ou en fin de journée selon les créneaux disponibles. La traversée
elle-même est une promenade en mer à part entière, on longe les falaises des
premiers contreforts des Agriates, on aperçoit des criques inaccessibles dont
la couleur de l'eau rend jaloux, et on arrive à Saleccia par la mer avec la
même impression que si on la découvrait pour la première fois depuis l'horizon.
La vue depuis le large sur cette plage encadrée de végétation dense est l'une
des plus belles approches côtières de toute la Corse du Nord.
Le semi-rigide est aussi la solution idéale pour les familles avec de jeunes enfants, pour les personnes qui ne souhaitent pas pratiquer la randonnée et pour ceux qui veulent optimiser le temps passé sur la plage plutôt que dans les transports. Vingt minutes aller, une journée entière à Saleccia, vingt minutes retour, l'équation est mathématiquement parfaite. Les prestataires locaux proposent également des formules avec arrêt baignade dans des criques intermédiaires, ajoutant une dimension d'exploration maritime à une simple navette.
La
réservation est fortement conseillée en juillet et août, les places étant
limitées et la demande très supérieure à l'offre sur les créneaux les plus
prisés. Partir tôt, idéalement dès la première navette du matin, permet de
bénéficier de la plage dans sa quiétude matinale, avant que la fréquentation
n'atteigne son pic de milieu de journée.
Une journée réussie à Saleccia
Quelle que
soit la voie d'accès choisie, la plage de Saleccia exige une préparation
sérieuse qui conditionne la réussite de la journée. L'eau douce et les points
d'ombre sont rares sur place, et la fréquentation estivale est telle que
certaines facilités peuvent vite être saturées. Anticiper ces contraintes,
c'est s'assurer une journée sans mauvaise surprise dans l'un des sites naturels
les plus précieux de la Corse.
L'hydratation
est le premier enjeu. La plage dispose d'un point de restauration sommaire et
d'une eau douce limitée en haute saison, apporter ses propres provisions d'eau
est une précaution élémentaire que les habitués ne négligent jamais. Un repas
préparé à l'avance, de préférence léger et ne nécessitant pas de réfrigération
prolongée, complétera une glacière légère contenant boissons fraîches et fruits.
La plage est protégée par la réserve naturelle des Agriates, et les déchets
doivent être intégralement rapportés, c'est une règle éthique avant d'être une
obligation réglementaire.
La
protection solaire mérite une attention particulière. L'orientation de la
plage, son exposition directe au soleil du matin au soir et le reflet de l'eau
sur le sable blanc créent des conditions d'ensoleillement intenses qui peuvent
surprendre même les peaux habituées. Les produits solaires biodégradables sont
fortement recommandés pour préserver la qualité des herbiers marins
immédiatement au large. Les parasols personnels sont les bienvenus car l'ombre
naturelle des pins recule dès la mi-matinée avec la progression du soleil.
Respecter les règles de la réserve naturelle est une condition indispensable au maintien de ce que la plage de Saleccia a d'irremplaçable. Ne pas cueillir la végétation, ne pas allumer de feu, ne pas ancrer les embarcations personnelles sur les herbiers de posidonie, ne pas nourrir la faune sauvage, autant de gestes simples qui préservent pour les années à venir un écosystème d'une fragilité inversement proportionnelle à sa beauté apparente.
Rencontres insolites sur les chemins des Agriates, cochons sauvages, vaches et faune du maquis
Il y a sur les chemins qui mènent à la plage de Saleccia une forme de vie animale que le randonneur non averti n'est pas toujours préparé à croiser. Les Agriates sont un territoire sauvage dans le sens le plus littéral du terme, et la faune qui les peuple ne se comporte pas comme celle d'un parc animalier balisé. Elle surgit, observe, disparaît. Elle impose sa présence avec une indifférence tranquille qui rappelle, utilement, que ces terres lui appartiennent bien davantage qu'au visiteur de passage.
Les cochons sauvages, ou porcs en semi-liberté, sont sans doute les rencontres les plus marquantes du sentier des Agriates. Ces animaux imposants, au pelage sombre et à la carrure trapue, appartiennent à des éleveurs locaux qui les laissent déambuler librement dans le maquis pendant une grande partie de l'année. Ils se nourrissent de glands, de racines, de fruits sauvages et de tout ce que le territoire veut bien leur offrir, développant ainsi une chair d'une qualité gustative incomparable, base de la charcuterie corse d'exception. Les croiser sur le chemin peut surprendre, surtout lorsqu'une laie se déplace avec sa portée de marcassins rayés. Dans ce cas, la règle est simple, ne pas s'approcher, ne pas les nourrir, s'écarter doucement sans geste brusque. Une laie défendant ses petits peut se montrer véritablement menaçante.
Les vaches corses sont l'autre grande présence animale du désert des Agriates. Comme les cochons, elles vivent en liberté dans ces espaces dont personne ne songe à contester leur occupation. Cornues, au robe brun-roux ou noire, elles paissent indolemment au bord du chemin, occupant parfois la piste en 4x4 avec une souveraineté qui n'admet aucune discussion. Les conducteurs expérimentés de ces routes savent qu'il ne sert à rien de klaxonner, la vache corse se déplace à son rythme, selon sa volonté, et le voyageur qui l'oublie risque de patiner longtemps dans la poussière derrière elle.
Au-delà de ces figures emblématiques, le sentier des Agriates est un couloir de biodiversité remarquable pour qui sait observer. Les faucons pèlerins nichent dans les falaises côtières et chassent au-dessus du maquis en piqués fulgurants. Les balbuzards pêcheurs, majestueux et solitaires, longent la côte à la recherche de leurs proies marines. Les tortues d'Hermann, espèce protégée dont la Corse abrite l'une des dernières populations significatives d'Europe occidentale, traversent parfois le sentier avec la lenteur philosophique qui les caractérise. Les croiser sur ce chemin sauvage a quelque chose d'émouvant, c'est une Corse ancienne, intacte, qui se rappelle au souvenir du marcheur et lui signifie, avec douceur, qu'il n'est ici qu'un invité de passage dans un monde qui préexistait largement à son arrivée.
La plage de Saleccia, un absolu corse qui récompense tous les chemins
Il y a des
plages que l'on visite et des plages que l'on vit. La plage de Saleccia
appartient résolument à la seconde catégorie. Peu importe qu'on y soit arrivé
épuisé et heureux après quatre heures de randonnée point culminant des vacances à Saint Florent, secoué
et conquis après quinze kilomètres de piste poussiéreuse en 4x4, ou frais et
émerveillé après vingt minutes de mer en semi-rigide, le premier pas sur ce
sable blanc produit invariablement le même effet de suspension du temps et de
l'esprit.
La question du meilleur mode d'accès n'a pas de réponse universelle. Elle a une réponse personnelle, qui dépend de qui vous êtes, de ce que vous cherchez et de ce que vous êtes prêt à mettre en jeu pour mériter ce paradis. Le randonneur y trouvera la plénitude de l'effort récompensé. L'aventurier en 4x4 y ajoutera le frisson de la piste et la liberté des horaires. Le voyageur pressé ou familial y accèdera par la mer sans compromis sur la beauté. Dans tous les cas, Saleccia tient ses promesses avec une générosité absolue, celle d'une Corse qui n'a jamais appris à faire semblant.








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