Les féériques promenades en Mer au départ du port de Bastia, ou aller?
Bastia
s'étire le long de la côte orientale corse, véritable porte ouverte sur les
eaux turquoise de la Méditerranée. Depuis son vieux port aux façades ocre, la
cité génoise invite aux échappées maritimes, vers des horizons où se mêlent
falaises abruptes, criques sauvages et villages perchés. Embarquer depuis
Bastia, c'est s'offrir un point de vue unique sur l'Île de Beauté, celui des
navigateurs qui, depuis des siècles, ont sillonné ces eaux cristallines. Des
îlots préservés du Cap Corse aux lagunes secrètes de la côte orientale, en
passant par les panoramas vertigineux de la façade nord, les excursions
maritimes révèlent une Corse intime, sculptée par les vents et baignée de
lumière. Loin des routes sinueuses, l'océan devient un chemin de découverte
privilégié, où se dessinent des paysages d'une beauté saisissante.
Le Cap Corse, naviguer au pied des montagnes plongeant dans la mer
La
presqu'île du Cap Corse se déploie au nord de Bastia tel un doigt minéral
pointant vers l'Italie. Vue depuis la terre, elle impressionne par ses reliefs
tourmentés. Depuis la mer, elle révèle une tout autre dimension, celle de
falaises sombres plongeant dans des eaux d'un bleu profond, de tours génoises
campées sur des éperons rocheux, de hameaux accrochés aux pentes comme par
miracle. Quitter le port de Bastia par une matinée lumineuse et mettre le cap
au nord, c'est entrer dans un monde où la montagne épouse l'océan avec une
grâce brute.
Les bateaux longent d'abord la côte orientale du Cap, moins connue, pourtant fascinante. Erbalunga apparaît rapidement, village aux pierres patinées par l'écume, dominé par sa tour en ruine qui semble garder l'entrée d'un autre temps. Les maisons se serrent autour du petit port, les volets bleus contrastent avec les murs gris-beige, tandis que les terrasses des restaurants offrent des haltes gourmandes aux navigateurs de passage. Mais c'est surtout la succession de criques qui captive, des enclaves de galets polis, parfois accessibles uniquement par la mer, où l'eau transparente invite à la baignade.
Plus au
nord, le paysage se fait dramatique. Les falaises s'élèvent, abruptes, striées
de coulées de schiste vert et noir. Les tours génoises ponctuent le littoral,
sentinelles silencieuses érigées pour surveiller les incursions barbaresques.
Celle de Losse, majestueuse, semble surveiller encore l'horizon. Le bateau
glisse au rythme des courants, entre émerveillements et contemplation. Depuis
le pont, on devine les sentiers de randonneurs qui serpentent là-haut, mais
c'est bien depuis les flots que l'on mesure la majesté de ces reliefs. L'air
marin porte des parfums de maquis, cette végétation dense qui recouvre les
pentes et embaume jusqu'au large.
Atteindre la pointe du Cap, là où les eaux de la Méditerranée rencontrent celles du canal de Corse, offre un spectacle d'une intensité rare. L'îlot de la Giraglia, surmonté de son phare blanc, marque l'extrémité nord. Les courants s'y croisent, créant des remous, des vagues qui claquent contre les rochers. C'est un lieu vibrant d'énergie, sauvage, où les oiseaux marins tourbillonnent dans le vent. Contourner ce promontoire maritime procure une sensation d'aventure, comme si l'on franchissait un seuil vers des terres encore inconnues.
La côte ouest du Cap, falaises vertigineuses et villages suspendus
Longer la
façade occidentale du Cap Corse après avoir doublé la Giraglia, c'est pénétrer
dans un amphithéâtre naturel d'une beauté saisissante. Ici, les montagnes
culminent à plus de mille mètres et plongent presque verticalement dans la mer.
Les villages perchés – Centuri, Morsiglia, Pino – semblent défier la gravité,
accrochés aux pentes escarpées. Depuis le pont du navire, on les distingue à
peine, minuscules taches claires dans un camaïeu de verts et de gris. Pourtant,
leur présence rassure, rappelle que ces terres hostiles ont été habitées,
domptées par des générations d'insulaires.
Centuri mérite une attention particulière. Son petit port de pêche, niché au creux d'une anse protégée, est l'un des plus charmants de Corse. Les barques colorées se balancent doucement, les casiers à homards s'empilent sur les quais. L'arrivée par la mer offre une perspective unique, celle d'un havre de tranquillité blotti dans un environnement grandiose. Les restaurants du port servent une langouste d'une fraîcheur incomparable, capturée quelques heures plus tôt dans les eaux environnantes. Mouiller au large de Centuri, le temps d'une pause déjeuner, c'est goûter à l'authenticité d'une Corse maritime encore préservée.
En descendant vers le sud, les falaises se font encore plus spectaculaires. Le rocher de Nonza, village aux maisons de pierre sombre perché à deux cents mètres au-dessus des flots, domine une plage de galets anthracite née de l'exploitation minière passée. Le contraste entre les eaux azur et ce rivage noir crée une atmosphère irréelle, presque lunaire. Les tours génoises continuent de ponctuer le paysage, témoins immuables d'une histoire mouvementée. L'une d'elles, celle de Negru, semble émerger directement des vagues, plantée sur un rocher isolé.
Cette
navigation le long de la côte ouest du Cap procure un sentiment de plénitude.
Le soleil, dans l'après-midi, illumine les falaises d'une lumière dorée,
soulignant les reliefs, révélant des nuances de couleurs insoupçonnées. Les
grottes marines, creusées par les millénaires, invitent à l'exploration.
Certaines sont accessibles en kayak ou en annexe, dévoilant des intérieurs
sculptés par l'érosion, où la lumière joue avec les reflets de l'eau. Ces
instants suspendus, loin du tumulte du monde, constituent l'essence même du
voyage maritime en Corse.
Vers le sud, la côte orientale et ses lagunes secrètes
Si le Cap Corse attire naturellement les regards vers le nord, Bastia offre aussi un point de départ idéal pour explorer la côte orientale, moins célébrée mais riche de découvertes. Mettre le cap au sud depuis le vieux port, c'est longer la plaine orientale, cette bande fertile qui s'étend jusqu'à Solenzara. La navigation y révèle un visage différent de la Corse, moins abrupt, mais non moins fascinant.
Les premiers
kilomètres dévoilent des plages de sable fin, longues et dorées, bordées de
pins maritimes. La Marana, proche de Bastia, offre une halte balnéaire
appréciée, où les eaux peu profondes se teintent de turquoise éclatant. Mais
c'est en poursuivant vers le sud que se dévoilent les véritables trésors de
cette côte, les étangs littoraux, lagunes saumâtres séparées de la mer par
d'étroits cordons de sable. L'étang de Biguglia, le plus vaste de Corse,
s'étire au sud de Bastia sur près de quinze kilomètres. Depuis le large, on
devine cette étendue d'eau calme, refuge d'une avifaune exceptionnelle. Hérons
cendrés, flamants roses, cormorans y trouvent un habitat préservé.
Plus au sud,
l'étang de Diana, à proximité d'Aléria, constitue une étape incontournable pour
les amateurs de nature et de gastronomie. Ce plan d'eau, alimenté par la mer,
est réputé pour ses huîtres savoureuses, élevées dans des conditions idéales.
Mouiller à proximité et rejoindre les cabanes ostréicoles en annexe permet de
déguster ces coquillages d'une fraîcheur absolue, accompagnés d'un vin blanc
corse bien frais. L'atmosphère y est paisible, presque hors du temps. Les
ostréiculteurs, passionnés, partagent volontiers leur savoir-faire, racontant
comment la salinité particulière de ces eaux confère aux huîtres ce goût
unique, iodé et délicat.
La
navigation le long de cette côte orientale se prête aussi à la contemplation
des vestiges romains. Aléria, ancienne capitale de la Corse romaine, se dresse
à quelques encablures de la mer. Depuis le pont, on imagine les galères
antiques qui accostaient ici, chargées de marchandises venues de tout le bassin
méditerranéen. Aujourd'hui, les ruines témoignent de cette époque faste, tandis
que les vignobles environnants produisent des crus réputés. Combiner excursion
maritime et escapade culturelle à Aléria enrichit l'expérience, offrant un
regard complet sur l'histoire et les richesses de la région.
Les criques confidentielles au nord de Bastia
Au-delà des itinéraires classiques, Bastia sert de base pour explorer des criques méconnues, véritables écrins de nature accessibles principalement par bateau. Au nord immédiat de la ville, la côte découpée cache des anses secrètes, à l'abri des regards et des foules. Ces havres de paix, nichés entre deux promontoires rocheux, offrent des eaux cristallines où se mêlent nuances de bleu, de vert émeraude et de turquoise.
La
navigation vers ces criques demande une connaissance fine du littoral, car
certaines sont difficiles d'accès, protégées par des récifs affleurants. Les
capitaines locaux possèdent cette expertise, guidant les embarcations avec
précision. Une fois ancré dans l'une de ces anses, le silence se fait presque
absolu. Seul le clapotis des vagues contre la coque, le cri des mouettes et le
bruissement du maquis portés par la brise viennent troubler la quiétude. L'eau,
d'une transparence exceptionnelle, révèle les fonds marins, herbiers de
posidonie, rochers couverts d'algues, bancs de poissons argentés qui filent à
l'approche des nageurs.
Ces criques
sont idéales pour la plongée libre. Masque et tuba suffisent pour explorer un
monde sous-marin d'une richesse insoupçonnée. Les formations rocheuses
sculptées par l'érosion créent des paysages aquatiques fascinants, grottes
immergées, passages étroits entre les blocs de granit, arches naturelles où la
lumière filtre en rais dorés. Les murènes se cachent dans les anfractuosités,
les sars nagent en bancs serrés, les poulpes se camouflent avec une habileté déconcertante.
Observer cette vie marine dans son habitat naturel procure une émotion intense,
celle de la connexion retrouvée avec l'élément liquide.
Certaines de
ces criques possèdent de petites plages de galets blancs, où il fait bon
s'allonger après la baignade. Le maquis descend jusqu'au bord de l'eau,
exhalant ses senteurs de lentisque, d'immortelle et de romarin. Les lézards des
murailles se chauffent sur les rochers brûlants, tandis que les cigales
entament leur chant assourdissant dès que le soleil atteint son zénith. Ces
moments, simples et authentiques, incarnent l'essence même de la Méditerranée, un
art de vivre fait de lenteur, de contemplation et de communion avec la nature.
Sorties crépusculaires, quand Bastia s'embrase sous le soleil couchant
Parmi les promenades maritimes au départ de Bastia, les excursions en fin de journée occupent une place à part. Embarquer quelques heures avant le crépuscule, c'est s'offrir un spectacle d'une beauté bouleversante, celui du soleil déclinant sur les reliefs corses, embrasant le ciel de teintes orangées, rosées et pourpres. La mer elle-même se pare de reflets dorés, comme un miroir liquide reflétant les derniers feux du jour.
Ces sorties
débutent souvent par une navigation tranquille le long de la côte, vers le nord
ou le sud selon les conditions. Le rythme est apaisé, propice à la rêverie. Les
passagers, installés sur le pont, sirotent un verre de vin corse en admirant le
paysage qui défile lentement. Les villages côtiers, baignés par la lumière
rasante, révèlent des détails invisibles en plein jour, les façades prennent
des teintes chaudes, les ruelles pavées brillent doucement, les bougainvillées
explosent de couleurs vives.
Lorsque le
soleil approche de la ligne d'horizon, l'émotion monte. Le ciel devient un
tableau vivant, où se succèdent des nuances infinies. Les nuages, s'il y en a,
se teintent de rose bonbon, d'orange sanguine, de violet profond. Les
montagnes, découpées en ombres chinoises, semblent se dresser comme des géants
endormis. La mer, d'un calme absolu à cette heure, reflète fidèlement cette
palette chromatique, créant une symétrie parfaite entre le ciel et l'eau.
Le moment où
le disque solaire touche l'horizon marque un instant de grâce. Le silence se
fait naturellement à bord, chacun subjugué par la majesté du spectacle. Puis,
lentement, le soleil disparaît, avalé par la ligne de l'eau ou par les crêtes
montagneuses. Quelques minutes durant, le ciel continue de flamboyer, avant que
la nuit ne commence à étendre son voile. Les premières étoiles apparaissent,
timides d'abord, puis de plus en plus nombreuses. Le retour vers Bastia, sous
un ciel constellé, offre une dernière parenthèse enchantée. Les lumières de la
ville, scintillant au loin, guident les navigateurs vers le port.
Choisir sa promenade maritime depuis Bastia
Organiser
une excursion en mer depuis Bastia nécessite quelques réflexions préalables
pour profiter pleinement de l'expérience. Le choix du type de sortie dépend de
plusieurs facteurs, la durée souhaitée, les centres d'intérêt, les conditions
météorologiques et la saison. Bastia bénéficie d'une offre variée, des sorties
courtes de deux heures aux croisières journalières incluant escales et repas.
Pour les
amateurs de grands espaces et de paysages dramatiques, les excursions vers le Cap Corse s'imposent naturellement. Privilégier les départs matinaux permet de
bénéficier d'une lumière optimale pour la photographie et d'éviter les vents
qui se lèvent souvent l'après-midi. Les circuits incluant le contournement de
la Giraglia offrent une dimension aventureuse, tandis que les sorties limitées
à la côte orientale du Cap conviennent mieux aux familles avec enfants ou aux
personnes sensibles au mal de mer.
Les
promenades vers le sud, longeant la côte orientale jusqu'aux lagunes, séduisent
les passionnés de nature et de gastronomie. Ces excursions, généralement plus
calmes, permettent d'observer l'avifaune et de goûter aux spécialités locales.
Les départs en milieu de matinée, avec retour en fin d'après-midi, offrent un
rythme idéal. Certains prestataires proposent des formules incluant une
dégustation d'huîtres à l'étang de Diana, moment savoureux qui complète
harmonieusement la navigation.
Pour ceux
qui recherchent l'intimité et la baignade, les sorties vers les criques
secrètes au nord de Bastia constituent un choix parfait. Ces excursions,
souvent limitées à quelques passagers, garantissent une atmosphère conviviale
et décontractée. Prévoir un équipement de snorkeling enrichit considérablement
l'expérience. La période estivale, de juin à septembre, offre les meilleures
conditions, avec une eau chaude et une visibilité optimale.
Les sorties
crépusculaires, enfin, s'adressent aux romantiques et aux amateurs de
photographie. Réserver à l'avance s'avère souvent nécessaire, ces créneaux
étant très prisés. Un vêtement chaud est recommandé, car les températures
chutent rapidement une fois le soleil couché. Ces promenades, d'une durée de
deux à trois heures, se concluent par un retour nocturne magique, sous les
étoiles.
Bastia, cité génoise tournée vers la mer depuis des siècles, s'affirme comme un point de départ privilégié pour explorer les merveilles maritimes de la Corse. Des falaises vertigineuses du Cap Corse aux lagunes paisibles de la côte orientale, des criques secrètes aux couchers de soleil flamboyants, les promenades en bateau révèlent une île sous un angle unique, loin des sentiers battus. Naviguer au large de Bastia, c'est embrasser du regard des panoramas que la route ne peut offrir, c'est ressentir la force des éléments, c'est toucher du doigt cette beauté sauvage qui fait l'âme de l'Île de Beauté. Embarquer devient un acte de liberté, une invitation à ralentir, à contempler, à se laisser porter par les vagues vers des horizons toujours renouvelés. La Méditerranée, depuis Bastia, déploie ses trésors avec générosité, offrant aux navigateurs des souvenirs impérissables, gravés dans la mémoire comme autant de paysages éternels.















